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Les formes du silence ou l'enchantement humble

S'abstraire du monde tout en se mêlant à lui, tel est l'impossible rêve.

En lisant les signes ou en déchiffrant les traces, le poète ou le peintre recourent
au voile d'un chant. " Y a-t-il sur terre une mesure ? Il n'y en a pas. " affirme Hölderlin.
Si l'on croit que tout procède de l'argile et y retourne, on peut entrer dans l'humble unicité de l'oeuvre d'Alain Boullet. Faite d'encre, de pigments et de terre, on pourrait la croire multiple quand elle n'est qu'air, eau et feu. La pluralité des techniques s'efface devant la main, convoquant l'anamnèse de l'enfance. Pour Alain Boullet " la vraie dimension du monde " à laquelle fait allusion son ami Germain Coupet, c'est celle du sol comme humus.

"L'art ne sera-t-il pas la conséquence d'une nécessité, belle et difficile, qui nous pousse à tenter de faire ce que nous ne savons pas faire ? ". Dans son intériorité toute humaine (humanus) l'art d'Alain Boullet est humble (humilis) modeste et effacé.
Il va son chemin. Et sur ce chemin qui le mène de sa Sologne natale au village maralpin, seuls comptent, à chaque pas et dans chaque caresse, le silence et le Mystère du monde.
Sur la surface limitée d'une peinture, Alain Boullet crée les conditions de la rencontre du Ciel, de la Terre et de l'Eau " et tout cela d'un coeur détaché et comme dans le néant ". Seul l'Adepte qu'il a su devenir peut alimenter le sens profond de cette formule. Après avoir mis à distance ses désirs et apaisé son coeur, il accède à l'immensité et au vide universels faisant surgir, du plus intime de l'âme, des paysages et des corps immémoriaux qu'on reconnait pourtant intuitivement.

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