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La solitude de l'immanence

Quel regard, quel lieu révèle ici l'espace de la peinture ?
Si ce n'est la continuité dans la lumière des matins ou des soirs pas encore
réveillés ou endormis. Ils sont seulement dans l'attente et permettent le passage
du lieu à l'espace. Seules les fonds s'imposent un instant. Troubles ou précis, ils sont dans l'émergence de la tache sombre ou claire par laquelle s'organise
l"espace de la peinture. Des profondeurs s'impose la forme. Des profondeurs
s'organise l'incertain de l'esprit. Seule la couleur et la lumière transforment
la surface en paysage. Dionysos marche dans la forêt.

Quand on va chez Alain Boullet en Sologne ou dans sa maison à coté de Nice,
c'est une découverte de l'espace entre la nature et la sculpture. Puis, en poussant la baie vitrée de son atelier de la côte d'azur, c'est la peinture qui attire le regard. Ici et là, les surfaces sont remplies d'une grande profondeur. D'abord, avant toute chose, avant que notre regard s'attache à la surface, avant même l'acte de penser, c'est l'aspiration des étendues colorées qui rayonne.

Toute l'oeuvre d'Alain Boullet est conçue à partir d'un lieu : la Sologne.
Lieu de mémoire, espace du rêve, présence de l'enfance. Sa peinture en est
la quintescence. Faite d'infimes couches de désir prélevées dans cet espace,
elle creuse le regard par l'effacement du geste.
Couleurs superposées, étalement de jus coloré, impressions d'empreintes réalisées au chiffon, l'ensemble de ces pratiques révèle par-dessous le paysage de sa naissance. Et c'est dans l'éloignement, certes par nécéssité, que l'oeuvre peinte refait ce lieu-mémoire. Alors que sa sculpture puise dans le lieu sa substance, sa matière. Dialogue avec l'espace. Ses corps-plantes sont des vestiges de ce lieu-mémoire.



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